• LE DESSIN.......2

    Par Christophe Gallaz
    http://www.contrepointphilosophique.ch/
    Rubriques Humorales
    10 décembre 2005 
      
    Aucun besoin de conquérir

    Lorsque vous contemplez un dessin, vous y voyez appliqués des principes de douceur et de modestie. Vous y voyez le trait du crayon cheminer à la surface du papier sans en écraser le relief, ni le recouvrir impérieusement. Vous y voyez des matières minces, la craie, la mine de plomb, la sanguine ou l’encre, déposées là selon des procédés souples. Mais quand vous observez le monde d’aujourd’hui, vous n’y percevez que des êtres tétanisés par l’effort de repérer sur le mode de la traque et du guet tout ce qui se trouve aux environs, pour s’en méfier et le dominer - qu’il s’agisse de leurs congénères, des animaux, des plantes, des océans, de l’air, du sol et de leur propre personne intégralement soumise à ce commandement général.

    Le dessin n’est pas de cette espèce. Son essence est la sérénité. Les humeurs ou les douleurs qu’il exprime parfois ne sont pas les siennes propres, mais celles qui tourmentent son auteur. Le dessin est un langage idéal. C’est un transmetteur pur. Quiconque contemple un dessin en est l’ami, et devient son confident, quelle que soit la violence dont son auteur l’a chargée. Le dessin ne connaît en soi ni les calculs, ni les stratégies, ni les coups de force. Il n’éprouve aucun besoin de conquérir, de leurrer ou de blesser, et moins encore de se venger, alors que le monde d’aujourd’hui n’est qu’un vaste champ de préméditations tordues, d’affûts malins, d’attaques sournoises, d’agressions viles, d’encerclements, de chausse-trappes, d’assujettissements, de soumissions, de défaites et de ruines.
    Le dessin, c’est ce qui cherche en permanence. Sa façon d’exister sur le papier consent à la possibilité qu’il soit effacé, contrairement au monde d’aujourd’hui - n’advenant qu’à la condition d’avoir effacé durablement, si possible à jamais. Lorsque vous contemplez un dessin, même tracé d’une main claire et décidée, vous percevez que mille possibilités subsistent en lui. Vous percevez qu’il pourrait se déployer autrement sous vos yeux, et néanmoins vous renseigner avec autant de justesse. Le dessin ne cesse de se transformer en votre présence. Dans tout dessin des dessins antérieurs ont déjà passé, et continuent à le faire, qui précèdent à leur tour des dessins à venir. Le dessin est un sentier de dessins dont la fixité n’est qu’une apparence temporaire. Il est nourri d’esquives, de discrétions et de distanciations, alors que le monde d’aujourd’hui décrète que toute esquive est synonyme de faiblesse, que toute discrétion est synonyme d’impuissance expressive, et que toute distanciation est synonyme de lâcheté.

    a suivre

      

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  • Commentaires

    1
    Dimanche 23 Avril 2006 à 17:39
    Le dessin
    Le dessin est un désir sublimer sur le papier. Trés beau texte, bonne fin de Wk bises
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